Présentation de l'équipe

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L’équipe TEC (Techniques et Enjeux du Corps) se veut l’héritière du projet énoncé en 1934 par Marcel Mauss à travers Les techniques du corps. Les façons de nager dans le style grenouille plutôt que dans le style dauphin, le fait de marcher d’une salle à l’autre entre deux réunions plutôt que de courir, le choix de faire du football plutôt que du baseball, de la danse contemporaine plutôt que des chorégraphies de pom pom girls, le fait d’apprendre à jouer ensemble au ballon plutôt qu’à marcher sur les mains, d’accoucher allongé plutôt que debout, toutes ces sortes de choses sont spécifiques de sociétés déterminées.
« J’entends par techniques du corps, écrit Mauss (p. 365) les façons dont les hommes, société par société, d’une façon traditionnelle, savent se servir de leur corps ». Étudier les techniques du corps c’est se mettre en demeure de décrypter le code secret des sociétés qui les enfantent : leur sensibilité à la violence corporelle, à la douleur, leur niveau d’agressivité motrice, leur goût pour le risque, la santé, leur niveau de sociabilité, leurs rapports à l’espace, aux objets.

Domiciliée en STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives), l’équipe TEC restreint l’étude des Techniques du corps au secteur des jeux sportifs. Le champ est suffisamment vaste : il existe une centaine de sports régis par des Fédérations et des centaines de jeux moteurs très différents d’un continent à l’autre. En analysant la logique interne des jeux et des sports – les interactions des joueurs, les codes de communication qu’ils respectent, les structures dans lesquelles s’inscrivent leurs décisions motrices, leurs stratégies, leurs prises de risque – il devient possible de mettre en évidence certaines caractéristiques fondamentales des comportements sociaux. Norbert Elias (1986) va même jusqu’à annoncer que « la connaissance du sport est la clef de la connaissance de la société » (p. 25).

Pour parvenir à ses fins, l’équipe TEC suit à nouveau la perspective maussienne qui suggère de procéder du concret à l’abstrait, et non l’inverse. Il faut dans un premier temps recourir à l’analyse descriptive et mécanique des techniques du sport. En cela, la tradition physiologique, neuropsychologique et biomécanique des STAPS fournit un savoir-faire de premier plan. Comment s’y prennent les nageurs pour parcourir cent mètres dix secondes plus vite qu’il y a un demi-siècle en faisant deux fois moins de coups de bras ? Comment font les gardiens de football, lors d’un penalty, pour décider de quel côté plonger alors que la balle va mettre moins d’une demi-seconde pour couper la ligne de but ? Comment se développent les automatismes du salto avant ou du flic-flac en gymnastique ?

Une fois l’analyse descriptive procédée, il est impératif de replonger ces résultats dans l’univers des Sciences sociales. Après le comment, le pourquoi. Les facteurs biomécaniques ou cognitifs créent les conditions indispensables à l’accomplissement de l’action motrice ; mais il n’en détiennent pas pour autant la signification, « l’importance intrinsèque » dont parle Lévi-Strauss en préface de l’œuvre de Mauss. Ce ne sont pas les propriétés physiologiques qui expliquent que les nageurs sont obligés (par le règlement) de rester en surface alors qu’ils vont plus vite sous l’eau. Ce ne sont pas les moyens neurocognitifs qui poussent des milliers d’enfants à choisir le football plutôt que la gymnastique…

Cela dit, ni l’approche descriptive préalable, ni l’analyse socio-anthropologique postérieure ne suffisent en tant que telles à fournir la spécificité (et donc la légitimité) de l’équipe TEC. Il y a belle lurette que les mécaniciens, les physiologistes, les psychologues ou les sociologues éclairent leurs objets scientifiques à partir de sujets sportifs ou du sport. Ce qui compte, pour les tenants de l’équipe TEC, ce n’est pas de devenir un agrégat de disciplines scientifiques et sans doute de faire moins bien ce que chacune fait déjà de manière séparée. L’originalité consiste ici à considérer les techniques du sport pour elles-mêmes. Selon le point de vue adopté, l’action motrice déployée dans une piscine ou sur un stade de football possède son ordre propre, sa propre logique. Dans les jeux sportifs, on communique comme nulle part ailleurs ; on agresse comme nulle part ailleurs, on prend des risques comme nulle part ailleurs, on interagit avec le milieu comme nulle part ailleurs, on agit comme nulle part ailleurs, etc. Les aspects pluridisciplinaires habituels (physiologie, psychologie, etc.) ne sont, la plupart du temps, que des éléments parasites perturbateurs de l’action motrice ; ils n’en constituent pas l’essence. On peut imaginer un sportif – produit d’une sorte de Frankenstein pluridisciplinaire – dont les capacités de consommation d’oxygène seraient idéales, dont les facultés à gérer le stress lors de compétition seraient sans faille, dont les attaches, la texture fibreuse et la souplesse musculaire garantiraient des qualités physiques hors pair, etc., mais qui serait incapable d’atteindre le niveau départemental dans aucune discipline sportive consacrée. Aussi, souscrire au projet de Mauss revient à adopter une pertinence nouvelle – qui ne renie en rien les apports pluridisciplinaires habituels – mais qui les réinvestit en propre au service de la compréhension de ce qui se joue dans les jeux et les sports.